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Rencontrer les chercheurs et chercheuses de demain, c’est découvrir des regards neufs sur des enjeux scientifiques majeurs. Aujourd’hui, Clara Piersson nous ouvre les portes de ses travaux sur la maladie d’Alzheimer, fruit de ces trois années de recherche rigoureuse sur la protéine Tau et la Résonance Paramagnétique Électronique (RPE).
Jeune docteure en physicochimie et biologie structurale, Clara a soutenu sa thèse en novembre 2025 au sein de l’équipe de Yann Fichou (CBMN, IECB). Après avoir finalisé ses travaux de thèse, elle s’apprête désormais à relever de nouveaux défis scientifiques à l’international, dans le cadre d’un post-doctorat.
À travers cet entretien, Clara partage son parcours, ses découvertes et sa vision de la recherche, entre défis techniques, collaborations enrichissantes et perspectives d’avenir.
Parcours académique et motivations
Après 2 années de classe préparatoire en physique-chimie à Paris, j’ai intégré l’ENSMAC (École Nationale Supérieure de Matériaux, d'Agroalimentaire et de Chimie) à Bordeaux où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieure. Mon intérêt pour la recherche s’est concrétisé lors d’un stage en laboratoire, expérience qui m’a révélé le défi intellectuel et la liberté créative inhérents à la résolution de problématiques scientifiques.
À l’issue de mon cursus d’ingénieur, j’ai toutefois pris le temps de réfléchir à la poursuite en thèse, motivée par le désir de me spécialiser davantage. Mon parcours initial m’avait principalement formée en physicochimie et en formulation de nanopolymères, mais j’aspirais à m’orienter vers des enjeux biologiques et médicaux. Mon choix s’est donc porté sur des sujets de recherche liés à des pathologies majeures, telles que la maladie d’Alzheimer ou la mucoviscidose.
En septembre 2022, j’ai rejoint l’équipe du Dr Yann Fichou (CBMN, IECB) pour entamer ma thèse, intitulée « Mécanismes d’agrégation de la protéine Tau en présence de membranes ».
Ma thèse s'inscrit dans la recherche sur la maladie d'Alzheimer, et plus largement sur un groupe de maladies neurodégénératives appelées tauopathies, toutes liées à l'accumulation anormale d'une même protéine dans le cerveau : la protéine tau. Cette protéine est naturellement sans forme définie. Mais dans certaines conditions, elle bascule et s'assemble en longues fibres rigides qui s'accumulent dans les neurones et les détruisent progressivement. Le sujet de ma thèse s’intéressait à comprendre comment ce basculement se produit, et notamment quel rôle jouent les lipides membranaires présents dans le cerveau dans le déclenchement de ce processus. Pour explorer ça, j'ai combiné deux techniques complémentaires : la spectroscopie RPE, qui permet de sonder la protéine à l'échelle atomique, et la cryo-EM, qui permet d’imager directement les structures fibrillaires formées. L'enjeu ? Mieux comprendre les tous premiers instants de la maladie, pour à terme identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
Méthodologie et collaborations
Au début de ma thèse, mes connaissances en biologie, en production de protéines et en Résonance Paramagnétique Électronique (RPE) étaient limitées. Ma première année a donc été consacrée à une formation intensive, encadrée par les ingénieurs du laboratoire et mon directeur de thèse.
Tout au long de mon doctorat, j’ai eu l’opportunité de collaborer avec des experts en RPE, ce qui m’a permis d’élargir mes compétences expérimentales. J’ai ainsi mené des expériences dans plusieurs laboratoires bordelais (CRPP avec Mathieu Rouzières, ICMCB avec Mathieu Duttine) et marseillais (BIP, réseau Infranalytics). Ces échanges ont non seulement enrichi mes travaux, mais aussi favorisé la création d’un réseau professionnel au sein des communautés scientifiques des amyloïdes, de la protéine Tau et de la RPE.
Pour valoriser mes résultats, j’ai rédigé des publications et présenté oralement mes travaux lors de congrès (ex. 7th International Symposium on Pathomechanisms of Amyloid Diseases) ainsi que des journées scientifiques.
Défis et réussites
Quelle est la réussite dont vous êtes la plus fière ?
L’un de mes principaux accomplissements a été d’apprendre à valoriser mes résultats scientifiques en rédigeant et en soumettant plusieurs publications au cours de ma thèse.
Mon travail a été couronné par l’obtention du prix de thèse en Résonance Paramagnétique Électronique (RPE), décerné par l’Association française de RPE (ARPE) le 19 mars 2026. Cette distinction est d’autant plus significative que la RPE n’était pas ma compétence principale au début de ma thèse, ce qui ouvre des perspectives prometteuses pour des post-doctorats à l’étranger.

Publications :
Pounot et al., JACS, 2023 (DOI: 10.1021/jacsau.3c00550)
Broc, Piersson, Fichou, FEBS Letters, 2025 (DOI: 10.1002/1873-3468.70022)
Piersson et al., Biophysical Chemistry, 2026 (DOI: 10.1016/j.bpc.2025.107550)
Quel a été le plus grand défi ?
J’ai rencontré plusieurs difficultés, notamment des obstacles techniques et un manque de confiance en moi, surtout en début de thèse. La production de la protéine Tau, en deuxième année, a été particulièrement problématique et a mis à rude épreuve ma persévérance. Heureusement, le soutien de mon entourage professionnel et personnel a été déterminant pour surmonter ces épreuves. Ces expériences m’ont appris l’importance de la résilience et de l’équilibre personnel dans la recherche.
Vie de chercheuse : équilibre, compétences et conseils
Dès le début de ma thèse, je me suis investie pleinement dans mon travail, sans compter mes heures. Quand cela était nécessaire, je m’octroyais une journée pour déconnecter et recharger mes batteries. Cet équilibre m’a permis de maintenir ma motivation et ma productivité sur la durée.
Compétences développées : scientifiques et transversales
Ma thèse a été une opportunité unique pour développer des compétences variées, tant scientifiques qu’humaines.
Sur le plan scientifique et technique :
- Participation active à la mise en place et à la gestion du laboratoire (gestion des déchets, de la verrerie, des stocks, etc.).
- Encadrement de deux stagiaires de Master 1, expérience qui m’a appris la pédagogie et la patience.
Sur le plan transversal et humain :
- Implication dans des actions de médiation scientifique, comme une journée d’échange avec des lycéens dans le cadre du programme DECLICS (Dialogues Entre Chercheurs et Lycéens pour les Intéresser à la Construction des Savoirs).
- Engagement dans le comité communication et animation de l’IECB, où j’ai servi de référente entre doctorants, post-doctorants et invités des séminaires mensuels.
- Organisation d’événements scientifiques majeurs : la 13ème journée des jeunes chercheurs (YSS) en 2025 (recherche de financements, gestion budgétaire, coordination avec les prestataires) et l’école thématique du CNRS en biophysique structurale en 2024.

comité d'organisation du YSS 2025
Ces activités, bien que chronophages n’ont pas impacté l’avancement de ma thèse, et ont été extrêmement enrichissantes. Elles m’ont permis d’élargir mon réseau, de renforcer mes compétences en gestion de projet et en communication.
Conseils pour les futurs doctorants
Avant de se lancer dans une thèse, il est essentiel de se poser les bonnes questions :
- Pourquoi faire une thèse ? Quels sont mes objectifs professionnels et personnels ?
- Comment souhaite-je la réaliser ? Quel équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle suis-je prêt·e à accepter ?
Une thèse demande un investissement considérable et expose à des défis variés : techniques, expérimentaux, humains. Mais lorsque les motivations sont claires, il devient plus facile de surmonter les obstacles.
Mon conseil le plus important :
Même si le parcours est exigeant, je n’ai aucun regret d’avoir fait une thèse. C’est une expérience incroyablement enrichissante, qui nous fait grandir sur tant de plans. À tous ceux qui hésitent : osez, mais préparez-vous à vous organiser et à vous entourer pour réussir !
Perspectives d’avenir : vers de nouveaux défis scientifiques
Actuellement, je suis en recherche active d’un post-doctorat à l’étranger, avec pour objectif de développer de nouvelles compétences et d’élargir mon champ d’expertise sur une période de deux à trois ans. Cette étape me permettra ensuite d’envisager sereinement une candidature sur des postes de chercheuse, notamment au CNRS ou à l’INSERM.
À ce stade de mon parcours, la précarité et l’instabilité inhérentes aux postes temporaires ne me préoccupent pas. Au contraire, je vois cette période comme une opportunité de me confronter à de nouveaux défis scientifiques, de repousser mes limites et d’enrichir mon expérience de recherche. C’est une étape que j’aborde avec enthousiasme et détermination, motivée par l’envie d’apprendre et de contribuer à des projets innovants.
Le parcours de Clara Piersson illustre parfaitement comment la persévérance, la curiosité et l’ouverture aux collaborations peuvent transformer une thèse en une aventure scientifique riche et valorisante. Ses travaux, récompensés par le prix de thèse en Résonance Paramagnétique Électronique (RPE), ainsi que par plusieurs publications dans des revues internationales, témoignent de la qualité et de l’impact de ses recherches.
Au-delà des résultats scientifiques, Clara a su tisser un réseau solide dans des domaines variés — amyloïdes, protéine Tau, RPE — et s’est investie dans des projets transversaux, de la médiation scientifique à l’organisation d’événements. Ces expériences, à la fois exigeantes et enrichissantes, lui ouvrent aujourd’hui les portes de nouveaux défis, avec l’ambition de poursuivre une carrière de chercheuse, toujours animée par la passion de comprendre et d’innover.
Son histoire rappelle que la recherche est avant tout une aventure humaine, où chaque difficulté surmontée et chaque rencontre professionnelle contribue à forger une carrière, mais aussi une vision du monde.